Interview: Kriss BROCHEC, une femme qui a percé dans le numérique au congo

admin3686

Entrepreneure, formatrice, coach basée à Pointe Noire au Congo Brazzaville, Kriss BROCHEC est une passionnée des TIC et a commencé à travailler dans l’internet au début des années 2000.  C’est ainsi qu’elle est la première femme à avoir exercé le métier de webmaster au Congo.

Passionnée par les TIC,elle aussi digital evangelist. Depuis quelques années, Kriss plaide pour que le numérique devienne un outil de développement et un levier de développement de l’économie du Congo.

Afin d’apporter ma contribution à l’édifice, elle a animé plusieurs évènements  à savoir :

  • Les journées du numérique solidaires
  • Les vacances récréatives digitales
  • L’ Africa Digital Academy (Formations intensives et courtes – boot camp –  sur les outils numériques)

(RESTRAWEB): Que pouvez nous dire à propos du numérique au Congo ?

(KRISS BROCHEC):   Jusqu’ à présent embryonnaire, l’écosystème numérique est en train de se structurer peu à peu. Les besoins en formation sont sont énormes. Pour réussir sa transformation numérique, le Congo doit insuffler la culture digitale dans tous les pans de la société (Entreprises, administrations, écoles, communautés etc.)

Toute transformation digitale au sein d’une organisation passe par 3 phases : Informer les parties-prenantes de ce qu’il est possible de faire grâce aux outils numériques ; les former à l’utilisation de ces outils ; les sensibiliser aux enjeux qui naissent avec le numérique.

De nouveaux acteurs  peuvent encore venir se greffer sur différents segments de cet écosystème.

(RESTRAWEB): Quelle place occupent les femmes congolaises dans le numérique ?

(KRISS BROCHEC):  Je n’ai pas de chiffres en tête et je me demande si la proportion de femmes atteint même les 10 % de proportion dans les TIC. Il y en a vraiment très peu… C’est un domaine qui nous fait encore peur…C’ est pour cela que nous sommes  sont sous-représentées dans les TIC au Congo comme dans beaucoup de pays dans le monde. Mais cela tend à changer quand je vois les effectifs de La Grande Ecole du Numérique (GENC) et du Yekolab qui se féminisent. Pour la GENC, je sais que des quota ont été mise en place. Je trouve cela stimulant et très encourageant.

(RESTRAWEB): D’apres votre expérience dans le domaine, Quelles sont les difficultés et les avantages que avez rencontrées dans ce lieu fortement masculin?

(KRISS BROCHEC):  Qu’on se le dise, il n’ y a aucune barrière administrative pour l’ inclusion numérique des femmes au Congo. La seule barrière que nous avons est psychologique. Je n’ai pas connu de difficulté particulière par rapport à ma condition de femme. Les difficultés que j’ai rencontré étaient de tout entrepreneur. Je n’ai jamais été victime de discrimination par le genre dans les TIC.  Le problème de la femme congolaise est que souvent, elle s’ auto-disqualifie à l’ avance. Elle se dit que c’ est n’ est pas pour elle. Elle n’ose pas. Elle est passive. Elle a peur de tout et surtout du « qu’en dira t’on ». On doute trop de nous-mêmes, on veut être prise en charge. Cela nous empêche de prendre notre élan…

Avec l’ Africa Digital Academy, je veux montrer que pour profiter des avantages du numérique, il ne faut pas forcément des compétences hyper – techniques. C’est ce qu’ont démontré les 15 femmes entrepreneures qui ont créé leur site internet en 4 jours.

Personne ne nous empêche de prendre notre place. Dans la vie, je pense qu’il y a des moments où il faut arrêter de demander la permission ou l’approbation systématique…Il faut simplement agir, prendre, dessiner, faire preuve d’audace et créer sa place. Ce n’est pas grave si on se trompe, le principale c’est d’ avoir ’ essayer, et d’essayer encore et encore… Plus on échoue et plus on maximise ses chances de réussite. Dans la société congolaise l’échec est dégradant alors que l’échec c’est le fait de n’avoir jamais rien essayé.  On oublie souvent qu’Edison a fait plus de 2 000 tests pour avoir l’ampoule électrique qui nous éclaire.  J’encourage les filles et les femmes à mettre leur peur de côté et à se positionner dans les TIC.

(RESTRAWEB): Quel sont les changements que le numérique peut apporter aux femmes entrepreneurs congolaise ?

(KRISS BROCHEC):  Le numérique va favoriser l’autonomisation de la femme. Elle va pouvoir mieux s’approprier son activité et son marché. Le numérique va lui ouvrir l’univers des possibles.

La femme entrepreneure congolaise pourra réaliser des gains de temps, de productivité et d’opportunités grâce au digital. Elle pourra mieux vendre, mieux apprendre, mieux se soigner une fois qu’elle aura appris à utiliser les outils numérique.

L’inclusion digitale et financière des femmes offrirait, entre 2015 et 2020, une croissance économique de 170 milliards $ dans les pays émergents. L’accès généralisé des femmes aux TIC (par le mobile) garantirait une augmentation du revenu par habitant de 14 % d’ici 2020 et de 20 % d’ici 2030 (Sources : GSMA 2015, OCDE 2008, FAO 2011, Goldman Sachs 2008, Financial Afrik 2014)

(RESTRAWEB): Quel sont les conseils que vous prodiguer à l’endroit des femmes qui te lisent ?

(KRISS BROCHEC):  1/ Le succès et l’argent ne sont pas une fin, ni une destination mais le résultat d’un travail constant et farouche. Quand je commence un projet comme l’ Africa Digital Academy, je deviens limite autiste et complètement concentrée sur mon dossier. Je veux simplement faire de mon mieux. Au début j’ avais fixé j’ avais demandé à mon équipe de faire de leur mieux, maintenant je leur demande de faire du mieux qu’ il est possible de faire. Nous ne sommes pas en concurrence avec Brazzaville, ni avec Libreville, ni avec Dakar mais avec le monde entier. Et nous devons nous positionner. On doit absolument tenir la route à un niveau international si nous voulons nous développer. C’ est un challenge formidable.

2/ Toujours travailler sur soi, nous vivons dans un monde où nous ne pouvons plus avoir des trajectoires rectilignes. Il est donc important de toujours maintenir ses connaissances à flots. Je lis beaucoup. Enseigner et former me permet de « fixer » mes connaissances.

Le travail acharné bat le talent quand le talent ne parvient pas à travailler dur …. Le secteur du numérique est ouvert à toutes !!!

3/ Quand on entreprend quelque chose, toujours penser aux ODD (Objectifs du Développement Durable), se demander comment on peut impacter sur la planète, sur notre société et sur les autres chacun à son niveau. Est-ce que notre projet va créer de l’ emploi ? etc. L’ impact social et environnement est de plus en plus important au niveau des financements ou de l’ accompagnement des projets.

(RESTRAWEB):   votre mot de fin!! Et merci à vous.

J’aime beaucoup les citations : «  Certaines personnes placeront toujours des pierres sur ton chemin. C’est à toi de décider ce que tu en feras. Construire un pont ou un mur ? Rappelles toi que tu es l’architecte de ta vie ». C’est le coup du verre à moitié vide ou à moitié plein… Avec la crise, le Congo doit se ré-inventer. En jargon de start-up on va dire que le Congo doit se chercher un nouveau business model et développer un nouveau business plan…

Je maintiens que la data est le pétrole du 21ème siècle. La transformation numérique doit accompagner la diversification de l’économie congolaise … Ce n’est pas une option, c’ est une condition sine qua non. Et nous les femmes, on doit impérativement en être. Les anglophones diraient : « We need to be in, we have to be and we will be part of the game … ».

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